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Un cadeau numérique pour tous les Québécois!

Chandler, le 19 décembre 2017

Lettre ouverte de Carol Cotton, directeur général du Technocentre TIC, aux citoyens de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Un cadeau numérique pour tous les Québécois!

Le gouvernement du Québec a finalement lancé sa Stratégie numérique du Québec tant attendue et, avec l’arrivée de la période des fêtes, nous sommes d’avis qu’il s’agit vraiment d’un cadeau numérique pour tous les Québécois. Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis le Forum des idées pour le Québec de 2014 lors duquel le premier ministre Philippe Couillard avait annoncé que le Québec aurait sa stratégie numérique, le monde numérique québécois attendait cette annonce.

C’est fait, elle devient réalité!

«Un projet de société qui met le numérique au service de la personne et du bien commun», voilà la vision qui soutiendra les actions des prochaines années pour la belle province. Penser, agir, et interagir sont trois verbes qui en disent long dans le monde numérique d’aujourd’hui. Tous sont d’accord, les technologies nous permettent de penser autrement, d’agir de manière différente, et surtout d’interagir sans trop de limites. Le gouvernement souhaite donc faire en sorte que le Québec se dote d’une véritable «Culture du numérique».

Pour ce faire, la Stratégie numérique du Québec propose six principes, sept orientations, plusieurs cibles intéressantes et des conditions de succès. Je ne les détaillerai pas ici, mais je vous invite fortement à prendre le temps de les découvrir sur le lien suivant:

» Présentation de la Stratégie numérique du Québec

La Stratégie touche tous les citoyens, mais, encore plus, elle souhaite leur donner les moyens de participer davantage aux décisions de l’État. En tant que directeur général du Technocentre des technologies de l’informations et des communications Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, mais aussi en tant que fier gaspésien, j’adhère en tous points aux principes de transparence, de participation, d’innovation et de collaboration, d’ouverture, de création de valeur et d’agilité. Nul ne peut être contre la vertu; maintenant il s’agit simplement de respecter une expression bien québécoise, «faut que les bottines suivent les babines».

Deux annonces importantes ont été faites lors du lancement le 13 décembre dernier. Deux cents (200) millions de dollars supplémentaires accordés pour les infrastructures numériques et la création du Conseil du numérique. Dans le cas des infrastructures, le gouvernement se devait d’ajouter de l’argent au programme Québec branché, car la popularité de celui-ci aura vite raison de la première enveloppe de 200 millions de dollars lancée au début de l’année. Est-ce suffisant? Probablement pas, mais je crois qu'il s’agit certainement d’un pas dans la bonne direction. L'objectif est de rendre accessible l’internet haute vitesse à 100% des foyers québécois sans exception (confirmé par le premier ministre lors de la conférence de presse).

Concernant le Conseil du numérique, celui-ci fait déjà couler beaucoup d’encre. Lors de la présentation en primeur effectuée au groupe d’experts ayant participé aux travaux de la stratégie, la composition inconnue du conseil, les responsabilités non clairement définies et le niveau d’influence en apparence très limité ont fait l’objet de plusieurs interrogations. Chacun à son opinion sur le sujet et, même s’il n’est qu’au stade de l’annonce, ce nouveau Conseil du numérique suscite déjà beaucoup d’attentes. Nous croyons qu’il faut donner la chance au coureur. Cependant, ce Conseil du numérique devra avoir suffisamment de pouvoir pour assurer l’adoption par l’appareil gouvernemental des principes soutenus par la Stratégie et, aussi, pour assurer une prise en compte de la réalité de l’ensemble des régions du Québec dans ses recommandations.

Et pour notre région?

Maintenant pour la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (GÎM), que représente l’annonce du gouvernement? Plusieurs opportunités intéressantes, selon moi.

Tout d’abord cette Stratégie numérique du Québec donne en tout point raison au Technocentre TIC dans sa démarche auprès de la Table des préfets de notre région afin de faire reconnaître l’importance de poursuivre les travaux reliés à notre stratégie numérique régionale.

Encore une fois, notre région aura été visionnaire avec l’adoption en 2012 de sa propre stratégie numérique traitant de trois axes: les infrastructures, l’économie numérique et l’appropriation citoyenne. À quelques différences près, la Stratégie numérique du Québec vient corroborer les travaux que la défunte Conférence régionale des élus GÎM avait réalisés à l’époque.

Plusieurs cibles auront certainement un impact direct dans notre région. Voici quelques exemples de ce à quoi les Gaspésiens et Madelinots seront en droit de s’attendre au cours des prochaines années.

» Infrastructures numériques

La cible est claire, 100% des citoyens auront accès à des services d’internet haute vitesse, dont 90% à du très haut débit, soit 100 Mbps en téléchargement et 20 Mbps en téléversement. Pour faire une analogie sur la vitesse de l’internet, la haute vitesse serait comme de rouler à 5 km/h en voiture alors que le très haut débit correspondrait à rouler 100 km/h. On peut très bien comprendre la différence dans la rapidité du déplacement.

La GÎM est une des régions du Québec où l’objectif du gouvernement de couverture de 100% du territoire est pratiquement atteint puisque cette couverture avoisine déjà les 97%. Là où le gain se fera sentir sera pour le second objectif de 90% avec du très haut débit. Déjà, plusieurs fournisseurs d’internet haute vitesse sont en processus de déploiement de lien internet à très haut débit, et nous sommes sûrs de voir d’autres projets bientôt annoncés.

Malgré cela, quelques défis de taille devront être relevés: le taux de branchement à internet en GÎM demeure l’un des plus bas au Québec. En effet, bien que la connexion soit disponible près de chez eux, certaines personnes ne voient pas encore l’intérêt ou n’ont pas les moyens de s’y brancher. La couverture cellulaire, importante aujourd’hui dans une économie de mobilité numérique, demeure également déficiente à plusieurs endroits sur le territoire.

» Développement des compétences numériques

Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport lancera prochainement son plan en éducation numérique, mais, déjà, certaines commissions scolaires de notre région ont pris les devants et travaillent à l’élaboration de leur propre stratégie numérique.

Avec pour cible que tous les citoyens développent davantage de compétences numériques, il est possible de croire que les Gaspésiens et Madelinots de tous âges puissent bénéficier de programmes de formation afin de mieux comprendre et utiliser les outils numériques qui prennent de plus en plus de place dans notre quotidien, et qui en prendront davantage dans le futur. Cependant, cet objectif représente un défi important dans notre région où la population est la plus âgée au Québec.

» Une administration publique transparente et efficiente

Cette orientation est probablement celle qui, sans avoir d’impact direct sur notre territoire à court terme, pourra, si l’objectif est atteint, permettre à tous les citoyens du Québec de profiter de services gouvernementaux directement de leur domicile. «En plus d’avoir accès aux services en ligne, les citoyens de partout pourront davantage participer à l’élaboration des projets de loi», a précisé le premier ministre lors de la conférence de presse suivant la présentation. Je crois qu’en permettant aux citoyens de participer aux décisions concernant l’administration publique la réalité des régions comme la nôtre, souvent différente des grands centres urbains, pourra être mieux présentée et par le fait même, prise en compte.

» Des villes et territoires intelligents

Lors du dernier scrutin municipal, nous avons vu s’élever dans plusieurs municipalités de notre territoire un mouvement vers une plus grande participation citoyenne. L’objectif que 75% des citoyens puissent bénéficier de la transformation numérique de leur municipalité permettra certainement à ce mouvement de s’accroître.

Dans le cadre de la stratégie numérique régionale, le Technocentre TIC a, dans les dernières semaines, approché le monde municipal afin de promouvoir les principes de la gouvernance ouverte, principes qui sont en tous points cohérents avec ceux de la Stratégie numérique du Québec. C’est d’ailleurs en se basant sur ces principes que le Technocentre TIC s’attend à relancer les travaux de notre propre stratégie régionale. La région aura donc tous les outils nécessaires afin de travailler à devenir un «territoire intelligent».

» Une économie d’excellence numérique

Depuis 2013, le Technocentre TIC se donne la mission de développer l’économie numérique de notre région. L’accompagnement réalisé dans les dernières années nous a permis de sensibiliser et d’accompagner de nombreuses entreprises et organismes à l’importance du virage numérique.

Par sa stratégie numérique, le gouvernement québécois souhaite, plus que jamais, soutenir concrètement les PME dans ce virage en fixant comme objectif que l’ensemble des entreprises rehaussent de 50% leur «intensité numérique», c’est à dire leur utilisation des outils numériques à tous les niveaux. Plusieurs démarches à cet effet sont déjà en cours dans notre région: le programme de soutien TIC offert par le Technocentre TIC depuis deux ans, la collaboration signée avec le Conseil québécois du commerce de détail pour accompagner vingt (20) PME dans le développement du commerce en ligne, ainsi que le programme d’accompagnement de dix (10) entreprises à fort potentiel de croissances dans la MRC du Rocher-Percé. Voilà des projets directement issus du Plan d’action en économie numérique, un volet déjà lancé de la Stratégie numérique du Québec, visant à atteindre cet objectif.

» Le citoyen connecté à sa santé

L’objectif est ambitieux: que 100% des citoyens puissent interagir de façon numérique avec le réseau de la santé. Lors de la conférence de presse, un citoyen de Chandler a demandé ce que, concrètement, l’orientation sur la santé aurait comme conséquence pour lui dans sa région. Le ministre de la Santé et des Services sociaux a donné une réponse à deux volets. Premièrement, les médecins dans nos établissements de santé auront accès en tout temps, au bout des doigts, à tous les résultats de tests médicaux, radiographies, numérisations et autres, peu importe l’établissement visité. Deuxièmement, tous les citoyens auront accès dans les prochaines années à leur carnet de santé en ligne, ce qui leur permettra en tout temps d’avoir accès aux informations concernant leur santé.

La réponse du ministre est très intéressante, mais plusieurs défis se posent. Bien que cet objectif soit peut-être le plus intéressant dans une région comme la nôtre, il est probablement le plus difficile à réaliser dans cette stratégie, et je m’explique: pour que 100% des patients utilisent leur dossier de santé numérique, il faudra que 100% des patients aient accès à l’internet haute vitesse, et, aussi, que tous possèdent les compétences pour y accéder et interagir. La réalisation de cet objectif de la santé connectée dépend donc de ces deux autres objectifs de la présente stratégie.

Un élément m’interpelle particulièrement dans cette orientation: de plus en plus, l’objectif de maintien à domicile de nos personnes âgées et la priorisation par le réseau de la santé de l’offre de services de soins à domicile posent problème dans notre région où les services de proximité tendent à être de moins en moins à proximité, justement. Notre population de plus en plus vieillissante subit directement les conséquences de cette réalité et l’atteinte de cet objectif pourrait être vraiment bénéfique dans notre région. C’est à suivre avec intérêt!

» Notre culture, chez nous, partout

Pour notre territoire, le Pôle culturel numérique de la GÎM a été mis en place en 2017 et travaille déjà à la réalisation de cette orientation. Le Technocentre TIC siège sur ce comité avec Culture Gaspésie, Arrimage corporation culturelle des Îles, le CIRADD et le ministère de la Culture et des Communications. Plusieurs organismes culturels de notre région ont déjà réalisé de superbes projets innovants permettant à notre culture d’être plus visible et consultée sur les réseaux numériques.

En conclusion

La mise en place de la Stratégie numérique du Québec est très ambitieuse, mais, en même temps, très stimulante. Le gouvernement a annoncé un budget de 1,5 milliard pour la réalisation de la stratégie, dont 700 millions ont déjà été engagés, ce qui nous laisse environ 800 millions pour les prochaines années. Il y a fort à parier que la réalisation de tous les objectifs du gouvernement nécessitera un investissement supplémentaire important et les prochaines années seront déterminantes.

Dès le début de l’année 2018, les citoyens et les organisations seront interpellés afin de participer aux travaux de notre propre Stratégie numérique de la Gaspésie. Toutes les orientations présentées précédemment feront l’objet de discussions afin de nous assurer que notre région puisse aussi mettre le numérique au service de nos citoyens et du bien commun.

Nous avons plusieurs défis à relever: l’étendue de notre territoire, le développement d’un réseau cellulaire fiable et complet pour la région, la tarification élevée du service internet dans une région avec le plus bas revenu moyen par habitant au Québec, l’un des plus faible taux de branchement à internet au Québec et le virage numérique de nos entreprises sur le territoire.

La Stratégie numérique du Québec ne règlera aucun de ces enjeux par magie; nous devons nous prendre en main et travailler ensemble à relever ces différents défis. Vous avez probablement plusieurs interrogations et aussi plusieurs opinions différentes sur ce qui est présenté ici. Nous voulons vous entendre et en discuter avec vous afin de trouver ensemble les solutions pour aider notre région à devenir un «territoire intelligent».

Carol Cotton, directeur général
Technocentre des technologies de l’information et des communications Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine


M. Cotton détient une formation en administration et comptabilité et en développement des organisations.
Il est directeur général du Technocentre TIC depuis 2012. Il a, entre autres, coordonné la transition de l’organisme vers un mandat régional et piloté le dossier de reconnaissance du Technocentre des TIC comme organisme porteur de la Stratégie numérique GÎM, mandaté par la Table des préfets en 2016. Il est depuis longtemps impliqué dans la promotion de la région auprès des élus et décideurs.